L'Antichambre
Cette salle et la salle des Gardes, datent du XIXème siècle. Elles ont été construites par Honoré Daumet pour relier le Grand et le Petit Château, séparés jusque-là par une douve qu'enjambait un pont couvert. A la Révolution, le château fut vidé de ses collections (meubles, tableaux), mais l'antichambre offre quelques témoignages du décor de Chantilly au XVIIIe siècle, tels que les deux tableaux de Jean-Baptiste Oudry ou le meuble minéralogique de Haupt.
* Le meuble minéralogique : dessiné par l'ébéniste Haupt, il fut offert par le roi Gustave III de Suède au prince Louis-Joseph de Condé en 1774 en remerciement du séjour qu'il avait fait à Chantilly. Le prince y plaçait la collection de minéraux de son cabinet d'histoire naturelle, confisquée à la Révolution et aujourd'hui conservée au Muséum d'histoire naturelle à Paris.
* Jean-Baptiste Oudry, L'hallali du renard, et L'hallali du loup, 1725 : Oudry est le grand peintre animalier du début du règne de Louis XV. Il peignit en 1725 trois tableaux de chasse pour la salle des Gardes du château de Chantilly, mettant en scène un loup, un renard et un chevreuil attaqués par une meute ; tous les tableaux de la salle, au nombre de quatorze, étaient des tableaux de chasse, parmi lesquels des Desportes ou des Snyders. Les tableaux de Chantilly furent saisis à la Révolution, et deux furent restitués au prince de Condé en 1816 sous la Restauration (le troisième, La chasse au chevreuil, fut envoyé au musée des Beaux-Arts de Rouen où il se trouve toujours). Oudry, qui mourut à Beauvais en 1855, était un familier de Chantilly où il venait étudier la nature.

La Salle des Gardes

Le comte de Berghe,
portrait de Van Dyck.
Henri de Berghe, général flamand au service de l’Espagne, né à Anvers en 1573, général d’artillerie et chevalier de la Toison d’Or, prit une part brillante aux guerres contre la Hollande, notamment dans la Gueldre en 1624. Repoussé devant Bois-le-Duc en 1629 et mécontent du gouvernement espagnol, il se retira à Liège. Bien qu’allié par sa famille au prince d’Orange, il avait fidèlement servi l’Espagne. L’archiduchesse gouvernante des Pays- Bas, l’invita à revenir à Bruxelles, mais il refusa, et se réfugia auprès de Frédéric-Henri de Nassau, dont il devint conseiller, avant de passer en Angleterre. Alors accusé de défection, il fut déclaré traître à la patrie et condamné à l’échafaud. Il mourut à Londres en 1641. Une autre version signée de ce tableau est à Madrid, au musée du Prado. Van Dyck a peint ce grand soldat dans le feu de l’action, tête nue, ébauchant un mouvement ; il porte une cuirasse, des brassards et des cuissards d’acier, passés sur une tunique en daim de couleur fauve, marquée de la lettre H. Excellent portraitiste, Van Dyck montre avec réalisme l’énergie et la force qui émanent de son modèle.
* David Teniers, Portrait du Grand Condé (1621-1686), 1653 :
Louis de Bourbon, prince de Condé, hérita Chantilly de sa mère Charlotte-Marguerite de Montmorency. Grand
chef de guerre, il s'illustra dès 1643 à la bataille de Rocroi où il sauva la France de l'invasion espagnole. Pendant
la Fronde, après avoir défendu le trône de son cousin le roi Louis XIV, il s'opposa au pouvoir royal, et gagna la
cause espagnole. Il vécut alors exilé aux Pays-Bas espagnols, d'où il ramena une collection de tableaux flamands,
dont le Portrait du comte de Berghe par Van Dyck. C'est alors que son portrait fut exécuté par David Teniers. Il
regagna la France en 1659 après la Paix des Pyrénées qui lui rendait ses biens ; il vécut alors à Chantilly et se
consacra notamment à l'embellissement des jardins, qu'il confia à André Le Nôtre.

La chambre de M. le Prince
Les boiseries de la pièce ont été exécutées sous la direction de Jean Aubert vers 1720 pour le duc de Bourbon (1692-1740), ministre du roi Louis XV et constructeur des Grandes Ecuries.
La grande commode en marqueterie de Riesener, avec des bronzes dorés et ciselés de Hervieu, est une commande du roi Louis XVI pour sa chambre à Versailles.
Les cinq peintures décoratives de Christophe Huet (1735) représentent des animaux exotiques dans un décor de pagodes orientales. Elles ont été installées au XIXe siècle sous la Restauration, lorsque les princes de Condé réaménagèrent le château pillé à la Révolution. Au XVIIIe siècle la chambre du prince comportait un décor peint formé de portraits de famille, dont le Portrait de Mlle de Clermont par Jean-Marc Nattier, aujourd’hui exposé dans la Galerie de Peinture. Les chaises et fauteuils sont recouverts de tapisserie de Beauvais du XVIIIe siècle d’après des cartons de J.B. Le Prince et Hubert Robert. Le bureau plat est dû à l’ébéniste Schlichtig.
Cabinet d'angle
Cette pièce d'angle fait partie de l'appartement du prince de Condé, décoré vers 1720. Les boiseries blanc et or, ornées de motifs relatifs à la chasse, sont caractéristiques du début du XVIIIe siècle. Le mobilier de Jean-Baptiste Sené (XVIIIe siècle), recouvert de tapisseries de Beauvais, a appartenu au comte de Provence, frère du roi Louis XVI.

Grande Singerie
Charmant boudoir daté de 1737, autrefois attribué à Watteau, entièrement décoré de peintures murales de Christophe Huet, la Grande Singerie représente un décor surabondant de singes et de magots chinois, à la mode du temps. Les salons ornés de décors de singes et de chinois sont fréquents dans les hôtels particuliers ou châteaux du XVIII ème siècle.
Ce type de décor peint directement sur les boiseries prend son essor sous la Régence, dès le début du règne de Louis XV, faisant suite aux décors peints par Claude Audran à Marly dès 1708-1709 pour Louis XIV.
Le programme iconographique de la Grande Singerie est complexe. Il semble que le peintre ait travaillé après l'achèvement des boiseries, qui sont typiques de la période rocaille.
Composée de six grands panneaux, de trois portes à double vantail et d'un plafond, la Grande Singerie est formée d'allégories des Sciences et des Arts, notamment de la Guerre, de la Chasse, de la Peinture, de la Sculpture, de la Géométrie, de la Chimie, et d'autres sujets où les Chinois sont accompagnés de singes. Sur les panneaux placés du côté des fenêtres, les humains servent les singes, alors de l'autre côté c'est l'inverse. On peut aussi voir dans ce décor une représentation des Cinq Sens ou encore des Quatre Parties du Monde, iconographie dont la clef est donnée par les quatre médaillons en camaïeu de gris placés de chaque côté des glaces qui figurent un crocodile, un éléphant, un cheval et un lion. Le plafond évoque la chasse, occupation favorite des seigneurs de Chantilly.
Cette chaise a un dossier en forme d'ancre de marine, un siège en forme de coquillage et des pieds en forme de roseaux, rappelant qu'elle fut dessinée à la fin du XVIIIe siècle pour le duc de Penthièvre, Amiral de France et arrière-grand-père du duc d'Aumale, pour décorer sa chaumière de Rambouillet où tout évoquait la marine.

La Galerie des Actions de M. le Prince (galerie des batailles)
Le Grand Condé avait commandé au peintre Sauveur Le Conte, élève de Van der Meulen et spécialiste de peinture militaire, une série de onze toiles représentant ses principales actions militaires et avait donné des indications précises pour leur exécution. Il mourut en 1686 alors que le travail, qui dura de 1686 à 1692, était à peine commencé.
Le bureau, cartonnier et pendule de l’ébéniste Leleu, avec bronzes de Caffieri, fut exécuté en 1756 pour l’amateur d’art Ange-Laurent Lalive de Jully, introducteur des Ambassadeurs du Roi Louis XV. Ce meuble, dessiné sur les cartons de Le Lorrain, était destiné au bureau de Lalive de Jully, dont chaque élément rappelait l’Antiquité, alors à la mode grâce à la découverte puis à la fouille de Pompéi et d’Herculanum ; il s’agit donc d’un des premiers meubles néo-classiques.

Le Salon de musique
Souvenirs du jeune duc d'Enghien et mobilier de Jacob provenant du Salon des Jeux de Saint-Cloud.
Les boiseries blanc et or sont caractéristiques du début du XVIIIe siècle. Au XVIIIe siècle le Salon de Musique et les deux pièces suivantes (non visitables) formaient le cabinet de curiosité des princes de Condé. Dans ces trois salles, étaient conservés des échantillons de minerais (présentés notamment dans le meuble minéralogique, aujourd’hui dans l’antichambre), des espèces zoologiques, et différentes curiosités naturelles. Les cabinets de curiosité étaient fréquents dans les résidences aristocratiques au Siècle des Lumières, qui connut un véritable engouement pour les sciences et la connaissance sous toutes ses formes. Le salon de musique donne sur le château d'Enghien.
Le Portrait du duc d’Enghien (1772-1804) par la femme peintre Nanine Vallain, représente le dernier descendant de la famille de Condé qui fut fusillé en 1804 sur ordre de Bonaparte dans les fossés de Vincennes ; il porte l’habit de chasse de Chantilly, ventre-de-biche et amarante.




