Les débuts de l’imprimerie favorisent la diffusion de ces facéties, dans l’entrecroisement des traditions latines et vernaculaires. De la nouvelle au bon mot, du rire humaniste au rire grivois, les ouvrages présentés déploieront un large éventail de narrations comiques. Ils illustrent l’extraordinaire circulation des livres et des thèmes dans cette Europe effervescente de la Renaissance, au gré des voyageurs et du commerce des imprimés ; les recueils de narrations facétieuses sont un creuset des traditions antique, humaniste, vernaculaire, qui permettent d’observer à grande échelle comment les écrits sont formés de ceux qui les ont précédés et comment ils façonnent la littérature à venir. Ces livres sont aussi un moyen d’abolir la distance entre ces lointains lecteurs et nous-mêmes, dans et par le rire : déambulant au gré des envies d’un récit à un autre, le lecteur est convié à la récréation, salutaire et essentielle.
Au travers d’ouvrages fameux, comme le Décameron de Boccace, dont les nouvelles comiques connurent une large diffusion, ou de livres plus modestes, dédiés à un public élargi, tels que les nombreux recueils facétieux destinés à faire « passer le temps », tel Le tombeau de Mélancolie, le visiteur aura le loisir de découvrir tout un pan de la littérature récréative et des réflexions des contemporains sur le rire.
Cette exposition, présentée sous forme à la fois chronologique et thématique, est l’occasion de montrer les travaux de Louise Amazan, chargée de recherches documentaires à la bibliothèque de Chantilly, qui travaille à une thèse sur le sujet. La richesse du fonds facétieux du Cabinet des Livres sur lequel elle porte toute son attention témoigne en effet de ce goût du xixe siècle pour ces petits recueils facétieux dont la gaieté parfois délicate, parfois très libre, a charmé les bibliophiles, et parmi eux le duc d’Aumale.











