La Loggia et le Débotté

Loggia pavement-Aplanos devise du Connétable Anne de Montmorency©Musée Condé
La Loggia est située au centre de l’aile Jean Bullant (XVIe siècle) ; elle se trouve à l’emplacement de l’ancienne porte cochère voûtée située jusqu’à la fin du XIXe siècle dans le prolongement du pont-levis au siècle d’Anne de Montmorency (1493-1567), qui permettait d’accéder à la cour de la Capitainerie depuis l’entrée du château. Ce pont exista jusqu’en 1875, date à laquelle Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897) le fit supprimer par son architecte George.
Loggia pavement©Musée Condé

En 1876 le duc d’Aumale fit donc clore cette voûte qui n’ouvrait plus sur rien. Elle fut alors transformée en une loggia fermée et vitrée donnant d’un côté sur les douves et de l’autre sur l’entrée privée du prince, appelée le « Débotté ». Elle communique directement avec les appartements privés du duc d’Aumale (ouverts au public depuis 1993).

Ce lieu, qui avait dès lors perdu tout aspect fonctionnel et devint une pièce intérieure du château, reçut sur ordre du duc d’Aumale un décor inspiré du XVIe siècle. Ce décor rend hommage au constructeur de cette partie du château, le connétable Anne de Montmorency, et constitue un vrai pastiche de la Renaissance.

 

Le pavement s’inspire des carreaux de faïence de Rouen de Masséot Abaquesne (dont Ecouen et Chantilly conservent des exemples), et reprend les différents symboles du connétable, comme son épée nue présentée verticalement, ses armes (douze alérions ou aigles héraldiques avec une croix de gueules, c’est-à-dire rouge), son chiffre (AM) et sa devise (« APLANOS » : en grec, « droit devant », « sans détour »). On y retrouve des motifs de fruits et de fleurs.

 

La voûte en berceau reçut un décor peint de griffons et d’angelots sur un fond quadrillé doré imitant la mosaïque. Ce décor peint, où apparaît également l’épée du connétable, était jusqu’ici anonyme. En juin 1999, lors d’une campagne de restauration des peintures, on découvrit une signature et une date au ras de la corniche, invisible du sol : « A. Delmotte / del. & pinxit 1876 ». il s’agit de Jules-Adolphe Delmotte, né à Senlis en 1840, qui exposa des natures mortes au Salon de 1866 à 1875. Cet élève de Léon Bonnat exposa au Salon de 1874 une peinture d’histoire, Le martyre de sainte Maxence au Ve siècle (musée de Senlis)commande pour l’église de Pont-Sainte-Maxence (Oise).

 

Les murs reçurent une boiserie d’inspiration Renaissance évoquant les décors de l’Ecole de Fontainebleau et imitant le XVIe siècle. La Loggia est incrustée d’émaux au monogramme d’Anne de Montmorency, peints à l’imitation de Léonard Limosin, reprenant les motifs de l’épée nue du connétable et des figures féminines. Le jeu des marqueteries des différentes couleurs, la finesse de la gravure des différents motifs (mascarons, médailles feintes suspendues, décor d’entrelacs) témoignent de la grande virtuosité des artistes qui ont réalisé ce décor au XIXe siècle.

 

Le merveilleux décor de la Loggia a été restauré grâce au soutien des Amis du musée Condé.