Historique de la collection

Galerie du logis - © Normann Szkop
En 1886, Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897), fils du roi Louis-Philippe, donne à l’Institut de France, son château de Chantilly et les collections qu'il abrite. Réuni tout au long de sa vie afin de créer le musée Condé, le duc d'Aumale lègue ce bien hors du commun et demande que les collections ne soient jamais prêtées et que la présentation reste inchangée.
Le musée Condé à Chantilly, propriété de l’Institut de France, conserve plus de 830 tableaux, 2500 dessins, 2500 estampes, 1700 photographies anciennes, environ 250 sculptures et plus de 5 000 objets d’art.
 
Les princes de Condé, qui possédèrent Chantilly du début du XVIIe siècle à 1830, sont à l’origine d’une petite partie des collections, dont environ 120 tableaux. Le musée Condé conserve ainsi quelques tableaux de la collection du prince Louis II de Condé, dit le Grand Condé (1621-1686), dont un grand tableau religieux par Antonio Moro : Le Christ entre Saint Pierre et Saint Paul, le portrait du Grand Condé par David Teniers réalisé en Flandres dix ans après la bataille de Rocroi, de magnifiques portraits par Van Dyck, tel le portrait du Comte d'Arenberg, et les onze grands tableaux de bataille célébrant les victoires du Grand Condé par Sauveur Le Conte, collaborateur puis successeur de Van der Meulen, ainsi que quelques dessins. L'arrière-petit-fils du Grand Condé, Louis-Henri, appelé le duc de Bourbon (1692-1740), commanda à Oudry les deux tableaux de chasse (1724) aujourd'hui dans la Salle des Gardes, et fit décorer les appartements du petit château de deux "singeries", boudoirs datés de 1735 et 1737 où des singes jouent le rôle d'humains. Ces deux décors sont désormais attribués à Christophe Huet. On doit également aux Condé la présence à Chantilly de portraits de la famille royale de Bourbon et le portrait de Mlle de Clermont, sœur du duc de Bourbon, représentée aux Eaux Minérales de Chantilly par Jean-Marc Nattier (1729). Le prince Louis-Joseph de Bourbon-Condé (1736-1818) commanda au peintre flamand Henrik De Cort deux Vues de Chantilly en 1781, à Nicolas-Anne Dubois et à Jean-François Perdrix des tableaux de vénerie. Le musée conserve son portrait en uniforme de l’armée de Condé par Sophie de Tott.
La famille de Condé quitta la France dès le lendemain de la prise de la Bastille ; la Révolution n'épargna pas Chantilly, dont le grand château fut démoli et les collections vendues, détruites ou confisquées au profit des musées nationaux. En 1816, le prince Louis-Joseph de Condé (1736-1818) réclama et obtint le retour à Chantilly de quelques œuvres subsistantes. 
 
Mais c’est grâce à Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897), que Chantilly conserve la seconde collection française de peintures anciennes et un superbe cabinet de dessins, parmi les plus beaux d’Europe. Le fils du roi Louis-Philippe, brillant militaire, vainqueur de la smalah d'Abd-el-Kader en 1843 à vingt-et-un ans, gouverneur de l'Algérie à vingt-cinq, commanda à Delacroix la réplique autographe de son Corps de garde à Meknès exposé au Salon de 1847, témoignage de son goût pour l'Afrique du Nord. C'est l'origine de la collection orientaliste qu'il allait développer par la suite, avec des œuvres de Decamps, Marilhat, Dauzats, Fromentin, etc, et qui est un temps fort de la collection de Chantilly. 
 
Après son mariage en novembre 1844 avec sa cousine Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, princesse de Salerne (1822-1869), le duc d’Aumale fit aménager les petits appartements de Chantilly par le peintre romantique et décorateur Eugène Lami qui acquit chez des antiquaires des portraits du XVIIIe siècle dont La Duclos dans le rôle d'Ariane de Largillière et Madame Denis, nièce de Voltaire, par Duplessis, ainsi que des porcelaines et du mobilier du XVIIIe siècle, alors abondants sur le marché de l’art. 
 
La Révolution de 1848, mettant fin à la Monarchie de Juillet, fit du duc d'Aumale un grand collectionneur : le jeune prince, exilé en Angleterre de 1848 à 1871 et condamné à l'inactivité, se consacra à sa collection de manuscrits et de livres précieux, de dessins et d'objets d'art, mais surtout de tableaux. Le soldat devint collectionneur. Ses premiers achats furent des coups de maître : en 1854 il acheta à Londres un tableau qui est peut-être le chef-d'œuvre de Nicolas Poussin, Le massacre des Innocents, et en 1856, il acquit à Gênes dans un couvent de jeune fille l'un des plus beaux manuscrits médiévaux du monde, Les Très Riches Heures du Duc de Berry, par les frères Limbourg (XVe siècle); avec ces deux achats, les axes de la future collection étaient tracés. Désormais le prince allait se consacrer aux manuscrits à peintures du Moyen Age et aux tableaux anciens, cherchant à acquérir des chefs-d'œuvre de l'art français exilés comme lui à l'étranger, dans l'espoir de pouvoir un jour les faire revenir en France. 
A la mort de son oncle et beau-père Léopold prince de Salerne en 1851, le duc d’Aumale racheta son importante collection de tableaux italiens et d’antiques de la région de Naples. C’est ainsi qu’entrèrent à Chantilly les magnifiques Carrache (9 toiles) peints en majorité pour le Palazzino Farnèse à Rome, ou encore la fameuse Madone de Lorette, que l’on prenait alors pour une copie et qui ne fut reconnue qu’en 1976 comme un magnifique original de Raphaël. Entrèrent alors à Chantilly des œuvres de Guido Reni, Lionello Spada, le Guerchin, une suite importante de peintures religieuses de Salvator Rosa (13 toiles), la plupart peintes pour l’église romaine de Santa Maria in Montesanto. Au total, la collection de peintures italiennes de Chantilly se compose d’une centaine d’œuvres. 
Après la mort du roi Louis-Philippe en 1850, le duc d’Aumale racheta à la vente des biens du château d’Eu en 1857 Le déjeuner d’huitres de Jean-François de Troy et Le déjeuner de jambon de Nicolas Lancret, ainsi que les Portraits des cardinaux Richelieu et Mazarin, par Philippe de Champaigne. La dispersion de la galerie de son frère aîné en 1853  lui permit d’acquérir L’assassinat du duc de Guise de Paul Delaroche, commande du duc d’Orléans en 1834, puis en 1863 il acquit son pendant, la Stratonice d’Ingres. Il acheta en 1868 la collection du marquis Maison, composée de nombreux tableaux orientalistes (Decamps, Marilhat),  ainsi que de quatre Greuze et de quatre Watteau.
 
Le duc d'Aumale acquit en 1876 la fameuse collection d'Alexandre Lenoir, collection de portraits historiques français exilés par hasard en Angleterre qu'il fit ainsi rentrer en France. La collection comprenait des portraits du XVIe siècle par Clouet et Corneille de Lyon. 
La dernière grande collection acquise en bloc fut en 1879 celle de Frédéric Reiset, directeur des musées nationaux, qui dès 1861 avait déjà vendu au prince sa collection de dessins ; elle fit entrer à Chantilly, dont la reconstruction s’achevait alors, quarante grands chefs-d'œuvre dont des tableaux de Sassetta, Nicolas Poussin, Ingres et Gérard. Le clou de la collection italienne de Reiset est la fameuse Simonetta Vespucci de Piero di Cosimo. C’est aussi avec la collection Reiset que La Vierge de Miséricorde d’Enguerrand Quarton entra à Chantilly. 
Par la suite, le prince n'acheta plus que des pièces majeures, choisies une à une, pour compléter sa collection, comme Les Trois Grâces de Raphaël en 1883 ou Le Concert champêtre de Corot en 1890. En 1891 ce furent les 40 enluminures de Jean Fouquet détachées du Livre d’heures d’Etienne Chevalier et en 1892 le dernier tableau italien, les Scènes de l’histoire d’Esther de Filippino Lippi.
 
Après la mort du duc d’Aumale, la donation Montaigne de Poncins-Biencourt fit entrer à Chantilly en 1939 une très importante collection de portraits peints du XVIe siècle qui, jointe au noyau initial, fait du musée Condé le musée de France le plus riche en portraits historiques de la Renaissance. 
 
En 1957 une donation de porcelaines de Chantilly compléta le fonds des objets d’art.